Les touristes des archives pistent leurs ancêtres irlandais à Dublin
16 avril, 2007
 

L'Irlande attire de plus en plus de touristes grâce à ses paysages verts, sa culture celtique et ses pubs. Mais des visiteurs du monde entier y viennent pour s'enfermer dans ses archives et essayer de retrouver dans les anciens manuscrits la trace de leurs ancêtres.
  
Avec plus de 70 millions de personnes à travers le monde revendiquant des origines irlandaises, ces touristes en quête de racines viennent en majorité des États-Unis, du Canada, d'Australie ou d'Angleterre, principales destinations des émigrés irlandais, mais aussi d'Europe continentale, d'Inde et de plus en plus d'Amérique du Sud.
  
Kevin C. Whitton, originaire de Melbourne en Australie, est en Irlande pour la première fois de sa vie. Il essaye de retracer son arbre généalogique et en profite aussi pour visiter le pays.
  
« J'ai huit ou neuf ancêtres irlandais du côté de ma mère. Ils étaient surtout des forçats envoyés en Tasmanie », dit l'homme, la soixantaine, qui recherche dans les journaux classés dans les archives des références aux condamnations de ses ancêtres.
  
« J'ai aussi voyagé dans plusieurs villes d'Irlande (...) c'est très intéressant de voir des bâtiments où mes ancêtres été condamnés », raconte-t-il.
  
Armés de dossiers ou descendant simplement d'un car de tourisme, le premier arrêt pour ces descendants d'émigrés, est la bibliothèque nationale.
  
« Certaines personnes arrivent ici avec peu d'information ou rien du tout, on essaye de les orienter dans la bonne direction. Et d'autres viennent avec beaucoup d'informations, c'est comme un puzzle, on essaye d'assembler les pièces », explique Francis Carrol, un responsable de la bibliothèque.
  
« Il y a six dépôts à Dublin, qui conservent la plupart des archives du pays », indique Paul Gorry, un généalogiste, qui piste les ancêtres dans les registres de paroisse, les recensements, les documents fiscaux.
  
« La plupart des gens arrivent à remonter jusque dans les années 1850, juste après la Grande Famine, ou jusqu'aux années 1820, selon l'origine sociale de leur famille », souligne Paul Gorry.
  
Les historiens estiment que plus de 6 millions d'Irlandais ont émigré entre 1848 et 1950, dont 1,5 million de 1845 à 1851, à l'époque de la Grande Famine, quand le mildiou a détruit les récoltes de pomme de terre, principale nourriture des paysans.
  
« Un jour un client américain m'a demandé de retracer un côté de sa famille, et en remontant deux ou trois générations, j'ai trouvé un livre qui rattachait son aïeul à Edouard II d'Angleterre, l'un des rois Plantagenêt. J'aurais été aux anges si cela avait été l'un de mes ancêtres! », raconte le généalogiste avec un grand sourire.
  
Maureen Conley, une enseignante retraité, peine à avancer dans ses recherches à cause « du latin » et « des manuscrits difficiles à déchiffrer.
  
« Je suis du Yorkshire, en Angleterre. Mon père avait trois grands-parents irlandais et je recherche leurs ancêtres, mais c'est une histoire très triste », remarque-t-elle.
  
« L'une des famille est arrivée à Liverpool, mais la moitié est morte dans les workhouses », ces foyers qui hébergeaient les plus pauvres dans des conditions effroyables.
  
Pourquoi ces recherches ardues? « C'est un instinct, plus on cherche, plus on veut savoir », dit-elle.
  
« Un visiteur sur quatre a des racines irlandaises », indique Paul Allen, responsable de la stratégie à l'agence gouvernementale Tourism Ireland.
  
Et ils sont particulièrement nombreux parmi le million d'Américains qui visite l'Irlande, sur un total de 7,7 millions de visiteurs l'an dernier.
  
« Nous utilisons la généalogie pour attirer les gens », explique ce responsable de la promotion touristique du pays. « Mais l'intérêt pour la culture et l'histoire irlandaise s'étend à un public plus large », souligne-t-il.

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