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L'Irlande attire de plus en plus de touristes grâce à ses paysages
verts, sa culture celtique et ses pubs. Mais des visiteurs du monde
entier y viennent pour s'enfermer dans ses archives et essayer de
retrouver dans les anciens manuscrits la trace de leurs ancêtres.
Avec plus de 70 millions de personnes à travers le monde revendiquant
des origines irlandaises, ces touristes en quête de racines viennent en
majorité des États-Unis, du Canada, d'Australie ou d'Angleterre,
principales destinations des émigrés irlandais, mais aussi d'Europe
continentale, d'Inde et de plus en plus d'Amérique du Sud.
Kevin C. Whitton, originaire de Melbourne en Australie, est en Irlande
pour la première fois de sa vie. Il essaye de retracer son arbre
généalogique et en profite aussi pour visiter le pays.
« J'ai huit ou neuf ancêtres irlandais du côté de ma mère. Ils étaient
surtout des forçats envoyés en Tasmanie », dit l'homme, la soixantaine,
qui recherche dans les journaux classés dans les archives des références
aux condamnations de ses ancêtres.
« J'ai aussi voyagé dans plusieurs villes d'Irlande (...) c'est très
intéressant de voir des bâtiments où mes ancêtres été condamnés »,
raconte-t-il.
Armés de dossiers ou descendant simplement d'un car de tourisme, le
premier arrêt pour ces descendants d'émigrés, est la bibliothèque
nationale.
« Certaines personnes arrivent ici avec peu d'information ou rien du
tout, on essaye de les orienter dans la bonne direction. Et d'autres
viennent avec beaucoup d'informations, c'est comme un puzzle, on essaye
d'assembler les pièces », explique Francis Carrol, un responsable de la
bibliothèque.
« Il y a six dépôts à Dublin, qui conservent la plupart des archives du
pays », indique Paul Gorry, un généalogiste, qui piste les ancêtres dans
les registres de paroisse, les recensements, les documents fiscaux.
« La plupart des gens arrivent à remonter jusque dans les années 1850,
juste après la Grande Famine, ou jusqu'aux années 1820, selon l'origine
sociale de leur famille », souligne Paul Gorry.
Les historiens estiment que plus de 6 millions d'Irlandais ont émigré
entre 1848 et 1950, dont 1,5 million de 1845 à 1851, à l'époque de la
Grande Famine, quand le mildiou a détruit les récoltes de pomme de terre,
principale nourriture des paysans.
« Un jour un client américain m'a demandé de retracer un côté de sa
famille, et en remontant deux ou trois générations, j'ai trouvé un livre
qui rattachait son aïeul à Edouard II d'Angleterre, l'un des rois
Plantagenêt. J'aurais été aux anges si cela avait été l'un de mes
ancêtres! », raconte le généalogiste avec un grand sourire.
Maureen Conley, une enseignante retraité, peine à avancer dans ses
recherches à cause « du latin » et « des manuscrits difficiles à
déchiffrer.
« Je suis du Yorkshire, en Angleterre. Mon père avait trois grands-parents
irlandais et je recherche leurs ancêtres, mais c'est une histoire très
triste », remarque-t-elle.
« L'une des famille est arrivée à Liverpool, mais la moitié est morte
dans les workhouses », ces foyers qui hébergeaient les plus pauvres dans
des conditions effroyables.
Pourquoi ces recherches ardues? « C'est un instinct, plus on cherche,
plus on veut savoir », dit-elle.
« Un visiteur sur quatre a des racines irlandaises », indique Paul
Allen, responsable de la stratégie à l'agence gouvernementale Tourism
Ireland.
Et ils sont particulièrement nombreux parmi le million d'Américains qui
visite l'Irlande, sur un total de 7,7 millions de visiteurs l'an
dernier.
« Nous utilisons la généalogie pour attirer les gens », explique ce
responsable de la promotion touristique du pays. « Mais l'intérêt pour
la culture et l'histoire irlandaise s'étend à un public plus large »,
souligne-t-il. |