La sécurité des aéroports étudiée à la loupe
24 avril, 2007
Un groupe d'experts entreprendra la semaine prochaine un examen minutieux des failles dans les mesures de sécurité des aéroports du pays, de manière à mieux prévenir tout acte terroriste ou toute tentative de collusion entre des employés et le crime organisé.

Le projet pilote, qui durera le temps requis, sera mené à l'Aéroport international de Toronto et pourrait conduire à un renforcement des contrôles de sécurité exercés auprès des employés des aéroports.

Quatre experts seront chargés de traquer les points de vulnérabilité des aéroports, au premier chef les zones réglementées où les employés manipulent les bagages des passagers.

L'un de ces experts, le directeur de la Gestion des risques liés à la sécurité chez Air Canada, Yves Duguay, est venu lundi présenter les objectifs du projet pilote, dans le cadre du 6e colloque international sur la sécurité publique et le contre-terrorisme, qui se tient jusqu'à mardi soir au Château Frontenac, à Québec.

Un des incidents à l'origine du projet pilote est survenu en septembre dernier, à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, alors qu'un journaliste du Journal de Montréal avait réussi sans difficulté à se rendre dans des zones interdites, dont les hangars des transporteurs aériens et même sur le tarmac de l'aéroport.

M. Duguay fait valoir que depuis les attentats tragiques du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les aéroports ont eu tendance à renforcer les mesures de sécurité s'adressant aux passagers et à peut-être négliger celles qui viseraient les zones réglementées des aéroports et les employés qui sont affectés à ces zones.

« Si moi je verrouille la porte avant de ma maison, c'est bien, mais si la porte d'en arrière est ouverte... Il y a eu beaucoup de focus sur la porte d'en avant, parce que c'est là qu'était le risque. C'est comme ça que les terroristes ont passé », a fait remarquer M. Duguay, lundi, lors d'un entretien à la Presse Canadienne, en marge da sa conférence.

Dans ce contexte, « si j'étais terroriste, peut-être que je passerais par la porte d'en arrière », a ajouté M. Duguay, pour illustrer l'importance d'accorder dorénavant toute l'attention requise aux mesures de sécurité destinées aux employés qui oeuvrent dans les zones réglementées des aéroports.

Les trois autres experts impliqués dans ce projet sont le président d'Optosecurity, Eric Bergeron, le surintendant de la police régionale de Peel, en Ontario, Edward Toye, et le directeur du « Greater Toronto Airports Authority », James Bertram.

Surveiller les employés

Périodiquement, des incidents rappellent aux autorités la vulnérabilité des aéroports. Qu'on pense à la complicité entre les employés d'un aéroport et le crime organisé pour faire entrer de la drogue au pays ou au nombre d'employés ayant un casier judiciaire, tandis que d'autres entretiennent des liens avec des criminels pour arrondir leurs fins de mois.

L'an passé, par exemple, des agents de manutention au sol, à l'aéroport de Montréal, ont été arrêtés dans le cadre d'une enquête sur le crime organisé, alors qu'ils avaient facilité le passage en douce de cocaïne en provenance de Port-au-Prince, en Haïti.

Les aéroports devraient notamment resserrer les contrôles au moment de l'embauche, fait valoir M. Duguay, en essayant de découvrir si les candidats ont - ou ont déjà eu - une quelconque affiliation criminelle.

« L'enquête de sécurité recule cinq ans dans le passé de la personne. Mais est-ce qu'on regarde les affiliations criminelles? En ce moment, on ne regarde que l'aspect sécurité nationale », déplore M. Duguay, qui est d'avis que Transports Canada pourrait demander à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de pousser plus loin son enquête sur les candidats.

Dans les zones réglementées, il devrait aussi « y avoir plus de caméras » et il faudrait prévoir des « tests d'intégrité », voire des fouilles, pour dissuader les employés potentiellement corrompus, croit-il.

Toutes ces mesures peuvent être faites en respectant les lois et en protégeant la vie privée des employés, assure M. Duguay.

Le projet pilote visera aussi à faciliter le recoupement d'informations, actuellement éparpillées entre les aéroports, les corps policiers, les ministères des transports et les organismes de surveillance.

« Il va falloir constater qu'on n'a pas travaillé de la meilleure façon possible et peut-être que c'est le temps justement de revoir comment on va faire ça », dit M. Duguay.

La première réunion du groupe aura lieu lundi prochain.

Mardi, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Stockwell Day, viendra s'entretenir avec les participants au colloque.