| Les femmes de chambre en Europe ont de mauvaises conditions de travail |
| 20 avril, 2007 |
| Les femmes de chambre en
France, au Danemark ou en Grande-Bretagne constituent l'exemple type du
« travailleur à bas salaire » cumulant une faible rémunération horaire
avec un accès difficile au plein temps et un travail usant, selon une
étude du Céreq parue cette semaine. Le Céreq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications, dépendant des ministères de l'Éducation nationale et de l'Emploi), cite le cas d'une femme de chambre, élevant seule son enfant, qui ne gagne « certains mois, que 400 euros » (environ 610 $ CAN). Malgré des différences d'un pays à l'autre -au Danemark, plus de 80% des salariés sont syndiqués, contre 2% en moyenne dans l'hôtellerie française- « rares sont les femmes de chambre qui accèdent immédiatement à un emploi à durée indéterminée à plein temps, donc à la possibilité de percevoir un revenu stable et régulier », selon l'étude. Les employeurs gèrent une importante amplitude horaire d'ouverture de leurs établissements et proposent donc au personnel d'étage, souvent féminin, peu diplômé et d'origine étrangère « en priorité des contrats d'une durée limitée, de peu d'heures, parfois entrecoupés d'importantes périodes d'inactivité ». Selon les pays, entre 40 et 70% des femmes de chambres sont des immigrées. « Atteindre une certaine stabilité relève souvent du parcours d'obstacles », constate le Céreq, qui parle d'«une véritable compétition pour l'accès à un emploi stable et à des plannings de travail régulier ». Une fois un emploi stable obtenu, l'exercice de la profession s'avère « peu tenable au-delà d'une dizaine d'années ». Le nettoyage des baignoires impose des postures difficilement supportables, la confection des lits avec des matelas toujours plus grands et plus épais -utilisés comme argument commercial dans l'hôtellerie de luxe- se paye par des maux de dos. Sans compter les allergies aux produits d'entretien et le paiement à la chambre nettoyée. « Avec le temps, les femmes de chambre les plus expérimentées se trouvent dans l'obligation de réduire progressivement leur rythme ou leur journée, soit en travaillant de nouveau à temps partiel, soit en cherchant un autre emploi hors de l'hôtellerie, ce qui bien souvent les conduit vers le chômage », déplore le Céreq. Certains employeurs, conscients de cette spirale infernale, cherchent à améliorer l'ergonomie des postes, par exemple en investissant dans des lits à pédale que l'on peut soulever sans se casser le dos. Ou en proposant de changer pour passer à la réception, au service, etc. Mais les exemples ne sont pas légion, indique à l'AFP Sylvie-Anne Mériot, co-auteur de l'étude. L'étude s'appuie sur une enquête de terrain lancée avec la fondation américaine Russel Sage et pour laquelle plusieurs établissements ont accepté d'ouvrir leurs portes. Le nombre exact des femmes de chambre en France n'est pas connu, car la catégorie n'existe pas en tant que telle, mais l'étude évalue à 27% la proportion de « travailleurs à bas salaire » dans l'hôtellerie française. Au Danemark, la proportion atteint 25%, et en Grande-Bretagne 59%. L'étude conclut que la France gagnerait à s'inspirer des « bonnes pratiques » de certains employeurs de l'hôtellerie, plutôt que de s'attacher à copier un hypothétique modèle danois ou britannique. |